Aziliz Kondracki

Anthropologie
Doctorante – EHESS
aziliz.kondracka@yahoo.fr

 

Doctorat

Thèse an anthropologie en préparation depuis 2019 sous la direction de Boris Pétric, bénéficiant d’un financement du CNRS (contrat  doctoral INSHS).

Titre du projet de recherche
Asia’s got formats : pour une ethnographie du réseau transnational de circulation du format télévisuel sud-coréen The King of Mask Singer

Résumé
De Dubaï à Séoul, en passant par Singapour, l’Asie constitue aujourd’hui un terrain fécond où foisonnent des biens culturels confectionnés en son sein ou venus d’ailleurs : films, séries et émissions de télévision circulent de part en part dans cette partie du monde. Moins évident à remarquer, mais pourtant manifeste, la majorité des programmes sont des émissions dérivées de formats télévisuels provenant des Etats-Unis et d’Europe, du Royaume-Uni et des Pays-bas principalement, mais également du Japon, de Chine ou de Corée du Sud. Un format est un cadre facilement reproductible pour l’adaptation locale d’une émission, sous licence sur le marché international des contenus audiovisuels : c’est un ensemble d’éléments, une recette, ou un plan à suivre par les producteurs pour produire des émissions locales. Depuis 2015, la société sud-coréenne Munwha Broadcasting Corporation produit l’émission The King of Mask Singer dont le concept est aussitôt exporté en Chine et en Thaïlande la même année, puis au Vietnam et en Indonésie en 2017. Depuis l’année dernière, en 2019, le format Mask Singer s’exporte dans plusieurs autres pays : en Australie, aux Etats-Unis, en Allemagne et en France, puis en 2020 au Royaume-Uni. D’autres productions locales sont prévues en Argentine, en Bulgarie, au Pays Bas, au Mexique, au Portugal, en Italie, en Espagne et en Afrique du Sud. Plus particulièrement, la Corée du Sud est considéré aujourd’hui en Asie comme le deuxième pays leader sur le marché des formats télévisuels, après le Japon et avant la Chine. Ce qui fonde par ailleurs sa particularité face aux deux autres « dragons » asiatiques, c’est la capacité des K-formats (autrement dit des formats télévisuels sud-coréens) à circuler à l’échelle mondiale. Le phénomène The King of Mask Singer constitue ainsi l’expression la plus visible de cette nouvelle vague sud-coréenne en termes de flux de formats. A partir de l’observation de la chaîne de circulation de ce format, mais également à partir de l’observation des salons internationaux de ventes de contenus qui cadencent l’agenda de l’industrie télévisuelle mondiale, tel que le MIP à Cannes en France et à Hangzhou en Chine, l’Asia TV Forum & Market à Singapour, ou le BCWW (Broadcast Worldwide) 2020 à Séoul, cette recherche souhaite observer, analyser et comprendre les médiations à l’oeuvre pour l’échange transnational de ce bien. En effet, cet échange est encadré par des dispositifs qui veillent à fixer les règles inhérentes au processus d’adaptation des formats télévisuels et à réguler le processus de recyclage dont cette marchandise fait l’objet. Ainsi, de la distribution d’un format, de la production à la diffusion, les produits finaux que constituent les programmes locaux résultent ainsi d’un ensemble de collaborations entre distributeurs, producteurs, diffuseurs, personnels divers, publicitaires et d’autres. Dans ce décor, le format fait donc l’objet d’appropriations multiformes, et le modèle de production dont le format est le véhicule devient le support d’un long processus d’agrégation et d’accumulation de savoirs, de techniques mais aussi de normes et de valeurs. En cela, l’émission locale est le résultat d’un processus transactionnel complexe dans lequel les idées circulent, sont générées ou reformulées. Dès lors, la construction et le maintien de relations sociales significatives entre acteurs divers semble devenir alors une condition sine qua non pour que ce bien circule, s’échange, se transforme.

 

Communications

« Arabs got formats : l’adaptation d’une émission de télé-réalité britannique pour le monde arabe : une collaboration franco-libanaise », Séminaire « Productions et circulations des biens culturels dans la région MENA », (CESSP, LABSIC, ICCA), 19 Novembre 2020.