Elie Lewa Doksala

Doctorant, EHESS

 

Anthropologie

 

doksala.elie@ehess.fr

 

 

Doctorat

Thèse de doctorat en anthropologie en préparation depuis 2021 sous la direction de Judith Scheele.
Titre : L’accès à la terre dans le camp de réfugiés de Dosseye (Tchad) : entre normes formelles et pratiques bureaucratiques locales
Financement : bourse de l’ambassade de France au Tchad

Présentation
Depuis une décennie, le Tchad connait un fort flux migratoire provenant majoritairement de la République Centrafricaine, du Nigeria, et du Soudan, devenant ainsi une terre d’accueil pour les réfugiés. A ces jours, le Tchad compterait plus de 438 694 (OCHA 2017) réfugiés répartis en quatre groupe : les soudanais à l’Est ; les nigérians au Lac Tchad, les urbains à Ndjamena ; les centrafricains au Sud.
Dans une autre perspective, dans la fuite, la première préoccupation des réfugiés est d’avoir une terre d’habitation et de se mettre à l’abri des conflits armés. Pour ce faire, au Tchad, depuis des temps immémoriaux, l’accès à la terre est une question vitale pour les sociétés et son acquisition obéit aux normes élaborées par chaque groupe social. En termes clairs, dans chaque communauté donnée, un individu peut être propriétaire du sol, usufruitier, locataire ou encore simple exploitant selon les circonstances. En effet, Dosseye qui est une zone des réfugiés par excellence ne déroge pas à cette règle. Les réfugiés y habitent sous la tutelle de l’État tchadien en partenariat avec le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR). Ceux-ci ont mis en place des infrastructures diverses pour faciliter la vie aux réfugiés dans les camps ainsi que des moyens. Parmi ces moyens, figure la délimitation d’un espace agricole au profit des réfugiés. L’objectif cardinal est la lutte contre l’insécurité alimentaire qui constituerait une préoccupation majeure pour les retournés. Cependant, la forte croissance du nombre des retournés et des réfugiés a fait que l’espace délimité est en deçà du nombre des retournés présents dans le camp. Face à cette situation, des stratégies ont été mises en place par ceux-ci, qui consisteraient à aller au-delà de l’espace délimité par l’UNHCR et ses partenaires. En se rendant dans une zone outre que celle délimitée, les réfugiés et retournés s’exposerait à une insécurité foncière et physique. Dans certaines situations, les réfugiés seraient conduits devant les juridictions. De plus, les autochtones propriétaires de la terre, auraient profité de cette situation d’insécurité foncière, pour mettre en place une stratégie locale de contrôle de ressources foncières qui consisterait à faire louer la terre aux réfugiés sous forme de métayage. Ce métayage serait matérialisé par la délivrance des « papiers » tels que des attestations de locations des terres, des lettres d’attribution de parcelles, des permis d’exploitation du sol, qui seraient établies tacitement entre le vendeur et l’acquéreur. Ensuite, ces papiers sont soigneusement gardés et archiver par l’employeur, puis brandi devant les juridictions en cas du non-respect des termes du contrat par le métayer. A première vue, la terre agricole semble être devenue un pré carré pour les autochtones, une sorte de « bureaucratie agricole » se serait mis en place dans le camp. En plus de cette stratégie, l’on remarquerait l’octroi de la terre sur la base de la solidarité ethnique. Étant donné que le Tchad et la Centrafrique, partagent une frontière commune, les mêmes groupes ethniques se retrouvent dans les deux pays. A la faveur de cette relation intercommunautaire, certaines ethnies telles que les Kaba (1) n’auraient pas eu de la peine à avoir accès à la terre dans le camp de Dosseye, tandis que les peuls (2) considérés comme des nomades et des allochtones, éprouveraient des difficultés pour accéder à la terre. Dans le même ordre d’idée, les acteurs autochtones pasteurs, auraient également développés une « bureaucratie pastorale » qui consisterait à employer les pasteurs peuls, dépossédés de leur cheptel par la crise, en qualité de « berger salarié », qui semblerait être rémunéré au bout de six mois en nature ou en espèce selon les termes du contrat signé entre « l’employeur » et son « l’employé ». Cette prestation serait aussi sanctionnée par la délivrance d’une autorisation de transhumance, délivrée au « berger salarié », par son « bailleur ». Cette autorisation de transhumance permet au berger de nomadiser dans un couloir de transhumance bien défini, cette autorisation serait considérée comme un « laisser-passer », au cas où le berger arrivait à rencontrer les agents de force de sécurité, la présentation de celle-ci lui exonère de tout contrôle militaire.
Il est intéressant de noter qu’en réaction aux diverses formes bureaucratiques mises en œuvre par les autochtones, l’on remarquerait aussi la naissance d’une « bureaucratie par le bas », mise en action par les réfugiés. Cette « bureaucratie locale » s’illustrerait par la subdivision de camps de réfugiés en plusieurs blocs. Et à la tête de chaque bloc se trouverait un chef qui assurerait l’interface entre les réfugiés, les acteurs humanitaires et les institutions étatiques.

L’objectif global de cette recherche est de décrire et analyser les modes d’accès aux terres dans le camp de Dosseye d’un point de vue historique et anthropologique en nous appuyant sur des données empiriques. Plus spécifiquement il s’agit de :

  • Faire un état de lieux des ressources foncières du camp de Dosseye.
  • Identifier et caractériser les différents acteurs intervenant dans la gestion des ressources foncières.
  • Identifier les marches de manœuvres mises en place par les acteurs sur la scène foncière.
  • Analyser les stratégies d’accès, et de transmission de la terre avant l’arrivée des refugiés et rapatriés.
  • Comprendre les éventuels conflits nés autours de l’acquisition de la terre avec l’arrivée des refugiés.

(1) Groupe ethnique résidant  à la fois au Tchad et en Centrafrique
(2) Groupe ethnique nomade faisant la transhumance de la Centrafrique vers le Tchad

 

Parcours professionnel

 

Formation

2016 : Master II en Anthropologie, Université de N’Djamena/Tchad, Mention Bien ;
2011 : Maitrise en Sociologie, Université de N’Djamena/Tchad, Mention Assez-bien ;
2009 : Licence en Sociologie, Université de N’Djamena/Tchad, Mention Assez-bien ;
2007 : Diplôme d’Études Universitaires Générales (DEUG) en Sociologie, Université de N’Djamena/Tchad, Mention Passable ;

 

 

Publications

Articles

Avec Mirjam De Bruijn, Boukary Sangaré et Adamou Amadou, “Les pasteurs nomades en Afrique Centrale et de l’Ouest : entre conflits, téléphonie mobile et (im) mobilité”, Scientific and Technical Review (International Office of Epizootics), vol. 35 “The future of pastoralism”, août 2016.
URL : https://doc.oie.int/dyn/portal/index.xhtml?page=alo&aloId=33866

 

Implications

Membre du comité d’organisation du colloque international : « société civile et gouvernance », organisé par le Centre de Recherche en Anthropologie et Sciences Humaines (CRASH) et la Fondation Volkswagen Stiftung (Allemagne), Février 2017.

Coordinateur principal pour l’organisation de la conférence finale du projet de recherche « Se connecter en temps de contrainte : Comprendre la communication et les conflits dans les marges mobiles de l’Afrique Centrale », organisée par l’Université de Leiden au Pays-Bas et le Centre de Recherche en Anthropologie et Sciences Humaines (CRASH), du 25 au 28 octobre 2017.