Les membres du Centre Norbert Elias expriment leur opposition à la loi de programmation de la recherche (LPR) actuellement en discussion au Parlement.

L’esprit et les dispositions de cette loi paraissent en effet préjudiciables à la vie universitaire, à la recherche publique et, au-delà, à la société démocratique elle-même.

La ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche évoque une « vaste concertation » au sujet d’une loi dont la préparation a justement démontré un dysfonctionnement majeur de la consultation et du dialogue, seuls susceptibles d’aboutir à un projet viable.

Cette loi est aujourd’hui condamnée et critiquée par de nombreuses institutions et corps intermédiaires (Conseil économique, social et environnemental, Conseil d’État, sections du Comité national de la recherche scientifique, CNU), par des sociétés savantes et collectifs divers (RogueESR, Academia, Université ouverte, Groupe Jean-Pierre Vernant, etc.), jusqu’au conseil d’administration de l’École normale supérieure.

La LPR promet un « choc d’attractivité » sans répondre aux demandes émanant de l’enseignement supérieur et de la recherche : une hausse des financements récurrents, une garantie de l’indépendance de nos statuts ainsi que de meilleures conditions de travail pour tous les usagers et toutes les usagères de l’Université et des grands organismes de recherche.

Deux amendements et une décision sont venus aggraver notre inquiétude. Le premier fragilise le cadre national des concours en affaiblissant le rôle du Conseil national des universités, au risque de rompre l’égalité de traitement des candidats et candidates et de creuser les inégalités de recrutement entre universités. Le second est liberticide puisqu’il constitue tout « trouble à la tranquillité » en délit passible d’amende et de trois ans d’emprisonnement. Enfin, tandis que les commissions parlementaires qui l’ont auditionné ont majoritairement voté contre sa candidature, l’actuel conseiller enseignement supérieur et recherche de l’Élysée a tout de même été nommé président de l’HCERES, une institution au poids déjà exorbitant dont la loi renforce encore davantage les pouvoirs.

Imposer au monde de l’enseignement supérieur et de la recherche une loi dont il ne veut majoritairement pas, en lui enlevant toute possibilité de la contester, et ce alors qu’il est déjà mis à l’épreuve par une crise sanitaire sans précédent et épuisé par plusieurs décennies de politiques néolibérales, relève d’une logique qui n’a rien à voir avec la démocratie.