AMP et COVID-19

Normes et représentations des corps féminins dans l’accès à la parenté via AMP dans le contexte de la pandémie de COVID-19 (2021)

 

Equipe scientifique
Manon Vialle (LEST/Aix-Marseille Université) en lien avec la fondation Gédéon Richter et le CNGOF,
Agnès Martial (Centre Norbert Elias/CNRS) en lien avec l’Institut du Genre,
En partenariat avec le Pr Blandine Courbiere gynécologue-obstétricienne, cheffe de service de gynécologie du centre d’AMP de l’Hôpital de La Conception(AP-HM/Aix-Marseille Université).

Financement 
Fondation Gédéon Richter en partenariat avec le CNGOF via la bourse de recherche exceptionnelle COVID19 & AMP,
Institut du Genre.

 

Présentation

En France, comme dans de nombreux autres pays, les activités des centres d’assistance médicale à la procréation (AMP) ont été interrompues avec la survenue de la COVID-19. Diverses institutions nationales régissant ces activités médicales comme l’Agence de la Biomédecine (ABM) en France, l’ESHRE au niveau européen, la HFEA pour la Grande-Bretagne, ou encore l’ASRM aux États-Unis ont alors recommandé aux centres d’AMP d’interrompre les nouvelles prises en charge ainsi que celles en cours quel que soit le moment du cycle concerné. Seule une activité minimale répondant aux demandes urgentes comme celles liées à la préservation des gamètes dans le cadre de la cancérologie a été maintenue dans l’ensemble de ces pays.

Après un premier temps de silence, quelques semaines après le début du premier confinement, des témoignages de personnes dont les prises en charge pour infertilité ont été suspendues sont apparus dans différents médias au sein des pays concernés. La majorité d’entre eux faisaient état d’impacts émotionnels forts, mais aussi parfois physiques et financiers, du fait de cet arrêt brutal des prises en charge. Ces témoignages variaient quelques fois, en fonction des pays (selon l’existence d’une prise en charge financière des actes médicaux ou non), en fonction du genre (les impacts semblaient moindres pour les hommes qui ne sont pas au cœur de ces processus médicaux), et également très fortement en fonction de l’âge des personnes (les femmes âgées de plus de 40 ans, dont la réserve ovarienne est potentiellement altérée en raison de leur âge, semblaient les plus affectées). Ainsi, certains des propos relayés dans les médias témoignaient d’une coupure finalement bienvenue dans un parcours long et douloureux, quand d’autres témoignaient de dépressions sévères apparentées à celles liées à la perte d’un enfant, lorsque les personnes concernées estimaient leurs dernières chances de grossesse anéanties.

Dans ce contexte, cette recherche vise à éclairer les vécus des personnes prises en charge en assistance médicale à la procréation (AMP) au moment de la pandémie liée au COVID-19 en France. Nous souhaitons plus précisément comprendre quels ont été les vécus : 1/ de l’arrêt des prises en charge, 2/ de l’attente, et 3/ de la reprise des traitements dans le contexte sanitaire particulier induit par la menace persistante du virus.

La réouverture des centres d’AMP s’est faite dans la vigilance après le premier confinement, sans permettre un retour « normal » à l’activité en raison de la menace persistante du virus. Les médecins ont donc dû réorganiser les protocoles de prise en charge en tenant notamment compte des directives qui leur était transmises par l’Agence de la Biomédecine. Ces dernières avaient pour but de les guider dans l’organisation de la priorisation des reprises des traitements, c’est-à-dire dans l’identification des situations considérées comme urgentes, ou bien celles jugées à risque ou non prioritaire et dont la suspension devait être maintenue.

Cette priorisation repose sur divers critères, qui concernent principalement les femmes, leur âge, le nombre d’enfant qu’elles ont déjà eu, la raison de leur infertilité, ou bien si elles ont des facteurs de comorbidité à risque avec la COVID-19 tels que des maladies chroniques, ou encore un IMC supérieur à 30. La réception d’une mise en attente de la reprise de l’AMP en fonction de ces critères sera questionné dans cette recherche. 

Comment les femmes françaises ont-elles vécu ces situations et en particulier les directives de priorisation des prises en charge ? En quoi leurs témoignages éclairent-ils les normes et représentations des corps féminins reproducteurs dans l’accès à la parenté par AMP ? Que révèle, dans cette situation de crise particulière, le croisement des enjeux de santé reproductive avec d’autres enjeux tels que ceux liés au genre, à l’âge ou encore au poids ?

Une enquête qualitative par entretiens approfondis va être réalisée auprès de femmes prises en charge en AMP en France lors de la survenue de la pandémie, quelle que soit la cause de leur infertilité et le type de technique médicale mobilisé (IA, IAD, FIV, FIV/ICSI, etc.). Des entretiens complémentaires seront également menés auprès de professionnels des centres d’AMP.

En étudiant les vécus des personnes concernées, nous souhaitons ainsi pouvoir éclairer les impacts des directives sanitaires liées à cette situation inédite sur les parcours d’AMP et tirer des leçons pour d’éventuelles futures crises sanitaires majeures. Il s’agira également de pouvoir éclairer la façon dont dans de telles situations les représentations de la reproduction se trouvent interrogées.