Les sciences de toute nature se sont intéressées depuis plusieurs siècles aux corps, aux sensations et aux émotions mais elles ont, tout au moins en France, opéré une distinction radicale dans leur mise en ordre des savoirs produits sur ces objets, entre la raison et le reste. Ainsi en est-il aujourd’hui très largement encore dans les mondes de la recherche, où les capacités intellectuelles et cognitives sont plus largement valorisées pour enquêter, observer, analyser, mesurer, et réfléchir sur, et rendre compte de, leurs objets et/ou créations. À preuve la difficulté qu’ont encore aujourd’hui les écritures alternatives et artistiques à faire reconnaître auprès de nos pairs les apports fondamentaux d’une sensorialité créative appuyée sur le vivant. Ce constat vaut largement aussi pour les chercheuses et chercheurs parmi nous qui savons pourtant intuitivement et dans notre chair les apports de nos intelligences somatique, émotionnelle et sensorielle dans la conduite de l’enquête en sciences humaines et sociales.

Les recherches menées dans le cadre de ce séminaire questionnent cette séparation fondamentale entre diverses intelligences et voies de cognition, d’apprentissage, de plasticité (Kandel) et de création. Elles le font en affirmant celles-ci à la fois en objets d’étude et en outils pragmatiques pour les chercheur.se.s que nous sommes. Pour cela, elles traitent les corps vivants et sensibles comme vecteurs de présence et d’ancrage de soi au monde (Merleau-Ponty), lieux et ressort de cognition, apprentissage et création, et en éclairent les articulations entre processus. Nous mobilisons à cet effet les apports disciplinaires de l’anthropologie, de l’histoire, des sciences de l’information et de la communication, de la sociologie, de la didactique et des sciences de la vie afin de mettre en partage les connaissances et savoirs développés dans les champs du corps (Vigarello, Le Breton, Mauss, Bourdieu, Foucault, Galinon-Melenec, Caune, Varela, etc.), des émotions (Abu-Lughod & Lutz, Crapanzano, Beatty, Damasio, etc.), des dispositifs sensibles (Rancière) et sensoriels (Benjamin, Buck-Morss, Corbin, Howes, Pink, Candau, Gélard, etc.).

Ce séminaire de recherche se veut un lieu d’expérimentation à la fois théorique, épistémologique, méthodologique, incarnée et sensible. Nous y invitons à présenter moins un travail déjà abouti qu’à mettre en partage un projet en cours d’élaboration et de l’éprouver dans la discussion et l’expérimentation. Pour favoriser cette démarche, le séminaire prend appui sur les travaux et recherches individuelles et collectives des membres de l’équipe qui l’anime.

Ce séminaire est aussi expérimental dans son format et son élaboration, et chaque séance peut inclure une mise en corps et/ou en mouvement visant à intégrer les intelligences cognitive, somatique, émotionnelle, sensorielle et sensible des personnes présentes. Le dispositif même du séminaire devient ainsi objet d’élaboration, réflexion et analyse dont il s’agira également de rendre compte.

Coordination scientifique
Véronique Bénéï (LAP-LAIOS/CNRS)
David Gally (Centre Norbert Elias/Avignon Université)
Philippe Hert (Centre Norbert Elias/Aix-Marseille Université)
Deborah Puccio-Den (LAP-LAIOS/CNRS).

Dates et lieux

  • Les 30-31 mai 2024 à Paris, sous la forme de journées d’étude (salle à déterminer).
  • Les 7, 14 et 21 juin 2024 à l’EHESS Paris, site Raspail, salle AS1 24, sous la forme de séances de séminaire.

Le séminaire fait partie de l’offre de formation de l’EHESS : https://enseignements.ehess.fr/2023-2024/ue/815