Olivier Hussenet – À la fois théâtre et musique : la chanson, ars d’incarnation – 1er juillet 2020

Olivier Hussenet soutient sa thèse en anthropologie préparée sous la direction de Jacques Cheyronnaud (Centre Norbert Elias/EHESS) le 1er juillet juillet 2020 à 9h30 à l’EHESS, Paris. Une transmission en visio-conférence est prévue.

Titre de la thèse
À la fois théâtre et musique : la chanson, ars d’incarnation

Title of the thesis
At once theatre and music : song, an art of embodiment

Résumé
Comment a-t-on donné, comment donne-t-on des contours à la chanson ? Face au caractère insaisissable de l’objet dans une quelconque essence, en raison même de son caractère éminemment disparate et hétérogène, l’approche proposée vise à poser la question des contours de l’objet dans une perspective pragmatiste. Dans un premier temps de la thèse, les tentatives de délimitation de l’objet étiqueté « chanson » se heurtent à une série d’obstacles de nature diverse. Les entreprises définitoires successives construisent et reproduisent préjugés essentialistes (« la-chanson ») et normes formelles ou thématiques qui les font échouer à le cerner et produisent des rebuts. L’arbitraire des définitions (des dictionnaires ou des histoires de la chanson) se complique de l’hétérogénéité de l’objet, sur trois plans distincts : artéfact, style et occurrence située. Le travail de catégorisation opéré par les emplois du terme « chanson » flanqué de prédicats adjectivaux engendre un labyrinthe générique où règnent hiérarchie a priori et présupposés normatifs. Considérer « chanson » comme un hypergenre (au sens de Maingueneau) offrirait peut-être une issue. Dans un deuxième temps, l’importance se fait jour de la prise en compte des différents moments de la chanson. Selon le moment de la chanson considéré, les processus de patrimonialisation diffèrent : corpurisation, anthologisation ou répertorialisation. Or, patrimoine et objets qui le composent sont interdépendants. Les formes exclusivement institutionnelles de patrimonialisation (l’enquête Fortoul en 1852, la mission de folklore musical en Basse-Bretagne en 1939) ne construisent pas le même objet chanson que l’initiative conjointe du Musée des ATP et de la chaîne de radio Europe n°1 de fonder un Musée de la Chanson au début des années 1960. La patrimonialisation par le répertoire (choisie par Le Hall de la chanson, fondé en 1990), apparaît comme plus inclusive en raison de son caractère multidirectionnel, mais se confronte au piège binaire qu’offre la tentation de défendre un objet minorisé et peine à s’affranchir du trope de la disparition de l’objet. Dans un troisième temps, le choix d’une perspective pragmatiste permet de changer radicalement de point de vue : l’objet n’est alors plus envisagé comme structure sémantique à interpréter, mais prend le statut d’objet organisationnel (Garfinkel 2001). L’enquête porte à ce stade sur l’agentivité de la chanson, considérée dans son acheminement en mode de chant et son déploiement en mode de jeu, à travers l’exemple de l’appareil prescriptif construit dans le cadre de la pratique religieuse catholique aux XVIIe et XVIIIe siècles, puis l’analyse d’une théorie ordinaire à l’œuvre dans un traité élaboré par une praticienne : Yvette Guilbert. Deux séries d’épreuves de l’implémentation chansonnière sont alors examinées : celles de la caractérisation de l’objet et celles de la saisie matérielle d’une chanson. Enfin, l’objet chanson est abordé sous l’angle de la mise en jeu de compétences du « performeur » et l’observation d’une situation pédagogique de transmission de cet art d’interpréter une chanson.

Abstract
How can one, how does one trace the contours of ‘song’? Acknowledging the elusive nature of the object ‘s essence (because of its highly disparate and heterogeneous nature), we propose to deal with the issue of the object’s delineation in a pragmatist perspective. In the first part of this dissertation, the attempt to delineate the object called “chanson” (song) encounters a series of miscellanous obstacles. The successive definitory attempts build and reproduce essentialist presuppositions (the song-in-itself) and formal standards or thematic norms which prevent them from framing the object and create leftovers. The arbitrariness of definitions found in dictionaries and books on the history of song is compounded by the heterogeneous nature of ‘chanson’ on different levels : artifact, style and situated occurrence. The use of the term “chanson” followed by a series of adjectives creates a categorization leading to a generic labyrinth dominated by a priori hierarchy and normative presuppositions. Considering “chanson” as a hypergenre (in the sense of Maingueneau) might provide a solution. In a second section, the importance of considering the different ‘moments’ of song becomes more apparent. Depending on the moment considered, the patrimonialization processes differ: the constitution of a corpus, anthologization, establishment of a repertory (repertoire). Heritage and the objects that compose it are interdependent. Exclusively institutional forms of patrimonialization, such as Fortoul’s 1852 survey or the musical folklore mission in Lower Brittany in 1939, do not construct the same object as the joint initiative of the French Museum of Popular Arts and Traditions and radio station Europe 1, to create a ‘Musée de la Chanson’ – “Song Museum” – in the early 1960s. Patrimonialization through repertory (which is the choice of ‘Le Hall de la chanson’ – « Song Hall of Fame » –, founded in 1990) would appear to be more inclusive because it is multidirectional. Unfortunately, it runs the double risk of trying to defend an objet seen as inferior and having to steer clear of the trope of the threat of extinction. In a third section, the adoption of a pragmatist perspective renders possible a dramatic change of perspective : the object is no longer seen as a semantic structure to be interpreted; rather it attains the status of “organizational object” (Garfinkel 2001). From there, the inquiry goes on to discuss song’s agency viewed in terms of its delivery in singing mode and its deployment in acting mode, firstly through the example of the constitution of a prescriptive apparatus in the context of 17th- and 18th-century Catholicism, then through the analysis of an ordinary theory developed in a treatise whose author was herself a singer : Yvette Guilbert. Two series of song-implementation trials are then examined: : those of the characterization of the object and those of a given song’s actual materialization. Finally, the ‘chanson’ object is approached from the standpoint of involving the performer’s skills and studying the pedagogical setting in which the art of song performance is handed down.

Jury
Jacques Cheyronnaud (Directeur de thèse), Centre Norbert Elias/EHESS
Talia Bachir-Loopuyt, Université de Tours
Lothaire Mabru, Université de Bordeaux – Montaigne
Emmanuel Pedler, Centre Norbert Elias/EHESS
Jean-Louis Tornatore, Université de Bourgogne (Dijon)

École doctorale
EHESS – Formation doctorale « Sciences sociales – Marseille » (École doctorale 286)
Spécialité : ?

Quentin Destieu – Art contemporain et nouvelles fabriques numériques – 6 juillet 2020

Quentin Destieu soutient sa thèse en art et sciences de l’art préparée sous la direction de Jean-Paul Fourmentraux (Centre Norbert Elias/AMU) et d’Emmanuel Guez (directeur de l’Ecole Supérieure d’arts et de design d’Orléans), le 6 juillet 2020 à 13h30 à Aix-en-Provence. Une transmission en visio-conférence est prévue.

Titre
Art contemporain et nouvelles fabriques numériques

Résumé
Le projet de cette thèse est de dessiner les contours d’un mouvement artistique qui fait appel aux technologies digitales mais dont la qualification trop généraliste d’art numérique peine à circonscrire les questionnements et l’esthétique. Cette recherche s’appuie sur plus de dix ans de programmation artistique du festival des arts multimédia GAMERZ (Aix-en-Provence et Marseille) en tant que terrain d’observation et d’interaction avec ma pratique. La série d’analyses d’œuvres et d’entretiens d’artistes issue de cette sélection répond à la double nécessité de soumettre à l’histoire de l’art, des œuvres en lien tant avec l’actualité qu’avec le futur de nos sociétés, et de chercher à identifier quelles sont les références, les pratiques et les engagements qui les unissent. Loin d’être technophobes, les artistes associés à cette recherche s’approprient ces technologies et entrent en réaction avec certaines dérives orwelliennes de nos sociétés. L’analyse de leurs démarches permet de mettre en lumière des questionnements critiques propres à ce mouvement qui tend à s’émanciper du discours techno-libéral dominant.
La première partie s’attache à définir un corpus de références historiques et théoriques commun à un ensemble d’artistes partageant un système de valeurs et de pratiques numériques. Ces références se cristallisent autour de mouvements sociaux « techno-critiques » et de contre-cultures (New Age, punk, hippies, etc.) servant de substrat à des gestes artistiques emblématiques qui jouent avec les technologies et architecturent un mouvement cohérent. Le travail collectif, le partage de savoir-faire, l’émancipation par la pratique sont des principes défendus par ces artistes qui se juxtaposent à ceux portés par certaines contre-cultures numériques : mouvement hacker, Do it yourself, Open source. La deuxième partie révèle comment leurs pratiques participent avec ces mouvements à faire évoluer la notion d’atelier en véritable fabrique numérique qui partagent avec les Fablab, hackerspaces, et les Artlab des outils (imprimantes 3D, machines à commandes numériques, logiciels libres, cartes électroniques, etc.) et des méthodes de travail. Leurs volontés convergentes associées à celles des artistes concourent à la mise en place de systèmes plus autonomes comme alternatives citoyennes aux technologies dominantes. Ces artistes renouent ainsi à des engagements et des utopies propres à certaines avant-gardes plus anciennes, réactualisant des préoccupations du Situationnisme ou encore du mouvement Arts and Crafts. La troisième partie identifie des prospectives artistiques portées par ces créations. Elle établit que la volonté de compréhension de ces technologies, nourrie de savoir-faire technique et de pratique, cherche à intégrer et à revendiquer une « touche » humaine plus artisanale. Dans ce processus de création, certains artistes s’ouvrent à des méthodes, moins cartésiennes, en lien avec des rituels magiques. Ils éprouvent alors, parfois avec humour, la fragilité et la faillibilité des technologies dans leurs interactions avec l’invisible. Ces expérimentations trouvent leurs origines dans les contre-cultures New Age et des théories encore en développement comme celles de la physique quantique. Leurs œuvres nous offrent des respirations dans lesquelles l’imagination retrouve un rôle central, émancipant l’humain des rôles de consommateur et d’utilisateur en lui permettant de réaménager son propre imaginaire.

Mots clés
Art contemporain, Pratiques numériques, D.I.Y., Open source, Utopies, Contre-culture, Alternatives, Festival GAMERZ.

Jury
Cécile BABIOLE, artiste et enseignante à l’École nationale supérieure de création industrielle, Paris, examinatrice,
Jean-Paul FOURMENTRAUX, Professeur des universités en Esthétique et Socio-anthropologie des arts et media, Aix-Marseille Université et EHESS. directeur,
Emmanuel GUEZ, artiste et Directeur de l’Ecole Supérieure d’arts et de design d’Orléans, co-directeur.
Vincent RIOUX, artiste et enseignant à l’École nationale supérieure des beaux-arts, Paris, examinateur,
Alexandra SAEMMER, Professeur des universités en Sciences de l’information et de la communication, Paris 8, Université Vincennes Saint-Denis, rapporteur,
Yann TOMA, Professeur des universités en arts plastiques, Paris 1, Université Panthéon-Sorbonne, rapporteur.

Ecole doctorale
354 – Aix-Marseille Université

Marie-Laure Cazin – Cinéma et neurosciences – 17 janvier 2020

Marie-Laure Cazin présente sa thèse en Arts et sciences de l’art préparée au Centre Norbert Elias/Aix-Marseille Université sous la direction de Jean-Paul Fourmentraux, Professeur des universités (Aix-Marseille Université) en co-direction avec Jean-Marie Dallet, artiste et Maître de conférences (Paris 8), le 17 janvier à 14h00, Salle de la recherche, Bibliothèque de l’Université Paris 8, Paris.

Titre
Cinéma et neurosciences : du Cinéma Emotif à Emotive VR (suite…)