Jeff Daniel Silva soutiendra sa thèse en anthropologie le 18 octobre 2021 à 14h00 à l’EHESS (campus Marseille) à la Vieille Charité.
Jeff est réalisateur, anthropologue, membre fondateur du Harvard Sensory Ethnography Lab (SEL) et, depuis 2017, coordinateur de l’atelier de cinéma documentaire de la Fabrique des écritures (Centre Norbert Elias).
Celles et ceux souhaitant assister à la visioconférence devront se rapprocher du candidat.

Title
Sensory Ethnography from Practice to Theory: a Reflection on the Thresholds of Documentary Cinema, 
Art and Anthropological Knowledge

Abstract
This dissertation is an epistemological reflection of practice-based media anthropology with an aim towards expanding concepts of anthropological knowledge by emphasizing the importance of sensory and empathetic audio-visual ethnographic methods. This manuscript, together with six audio-visual works, proposes that visual, sonic and other artistic methods are particularly well-suited to bringing to the fore the sensory and emotional lifeworlds that researchers, participants, and spectators find themselves entangled in, thus contributing to opening up and enriching these marginalized zones of anthropological and societal knowing. The manuscript takes into account a twenty-year practice of doing immersive audio-visual fieldwork and research, along with theoretical and pedagogical reflections emerging from experiences as an instructor at the Harvard Sensory Ethnography Lab. An important objective of both the audio-visual works and this manuscript is to promote a deeper and more attuned reflection on the corporeal, temporal, spatial, and emotional dimensions of human, animal and natural relationships and interactions that resist straightforward explications. The first part of the manuscript comprises a theoretical reflection on research methods and influences, arguing for qualitative immersive micro-analysis over quantitative methods, and favoring more uncertain and heuristic non-judging practices that can empower serendipitous discovery and more nuanced “data”. The author recognizes the cleavage in the social sciences in relationship to these methods and to the artistic and cinematographic turns, with an aim to lessen these divides. Likewise, this research proposes a deeper reflection on spectatorship and the role of end “users” in the process of interpretation. The second part of the manuscript goes from theory to praxis and is dedicated to elaborating on the twenty years of fieldwork that the six audio-visual works are derived from, converging around a thematic of marginalization from research conducted in Ex-Yugoslavia, Romania, France and the United States.

Titre
Une ethnographie sensorielle de la pratique à la théorie : une réflexion épistémologique à la lisière du savoir anthropologique

Résumé
Cette thèse est une réflexion épistémologique sur une anthropologie audiovisuelle, visant à élargir la connaissance anthropologique en articulant les méthodes audiovisuelles sensorielles et la démarche ethnographique empathique. Ce manuscrit, accompagné de six œuvres audiovisuelles, discute en quoi les méthodes visuelles, sonores et certaines démarches artistiques sont particulièrement adaptées pour observer, décrire et analyser les mondes de vie sensoriels et émotionnels. Ces réflexions reposent sur une pratique intensive pendant plus de vingt ans dans la réalisation de travaux audiovisuels immersifs sur le terrain, ainsi que de réflexions théoriques et pédagogiques issues d’expériences en tant qu’enseignant au Harvard Sensory Ethnography Lab. Un objectif important des travaux audiovisuels et de ce manuscrit est de promouvoir une réflexion plus profonde et plus adaptée des dimensions corporelles, temporelles, spatiales et émotionnelles des relations et interactions humaines, animales et naturelles qui résistent aux explications simples. La première partie du manuscrit est consacrée aux réflexions théoriques sur les méthodes de recherche et ses influences. L’auteur place en faveur d’une micro-analyse qualitative immersive plutôt que de méthodes quantitatives, favorisant l’incertitude et les pratiques heuristiques de non-jugement qui peuvent favoriser les découvertes fortuites et des « données » plus nuancées. L’auteur reconnaît le clivage des sciences sociales par rapport à ces méthodes et aux tournures artistiques et cinématographiques, dans le but d’atténuer ces clivages. De même, cette recherche propose une réflexion plus approfondie sur le spectatorship et le rôle des « utilisateurs » finaux dans le processus d’interprétation. La deuxième partie du manuscrit passe de la théorie à la praxis et est consacrée à l’élaboration des vingt années de travail de terrain dont ces six œuvres audiovisuelles sont issues, convergeant autour d’une thématique de la marginalisation à partir de recherches menées en Ex-Yougoslavie, en Roumanie, en France et aux États-Unis.

Jury
– Boris Pétric (directeur de thèse), directeur de recherche (CNRS/Centre Norbert Elias)
– Benoît Raoulx (rapporteur), maître de conférences (Université de Caen-Normandie), responsable de « Filmer et Photographier la Recherche en Sciences Humaines et sociales » (FRESH)
– Rupert Cox (rapporteur), (University of Manchester) – Directeur (Granada Center for Visual Anthropology)
– Véronique Bénéï, directrice de recherche (CNRS/Centre Norbert Elias)
– Natacha Cyrulnik, maîtresse de conférences (Université d’Aix-Marseille/PRISM)
– Stéphane Breton, directeur d’études (EHESS/CRAL)
– Lucien Castaing-Taylor, professeur d’arts visuels et d’anthropologie (Harvard University) – Directeur (Sensory Ethnography Lab)

École doctorale
EHESS – Formation doctorale « Sciences sociales – Marseille » (École doctorale 286)
Spécialité : anthropologie sociale et ethnologie