Claire Bouillot soutiendra sa thèse de doctorat en anthropologie (EHESS) préparée sous la direction de Boris Pétric (Centre Norbert Elias/CNRS) le 28 septembre 2022 à 14h00.
Le nombre de places disponibles en présentiel étant limité, la soutenance pourra se tenir en mode hybride selon le nombre de demandes. Si vous souhaitez suivre la visioconférence, merci de vous inscrire en ligne : https://framaforms.org/soutenance-de-these-de-claire-bouillot-1661775686

Titre
Quand l’ivoire devient “gênant” : ethnographie des valeurs de la matière, de la France à Hong Kong

Résumé
Depuis le milieu du XXe siècle, le territoire de Hong Kong est un des lieux principaux jalonnant les routes commerciales de l’ivoire dans le monde et un des centres asiatiques de sculpture. Pourtant sur place, actuellement cet ivoire est peu visible. La plupart du temps, arrivé d’Afrique, il repart sous forme de petits objets dans les valises des touristes venus de Chine continentale, tandis que les Hongkongais semblent peu apprécier cette matière. Les artisans et commerçants dans les quelques boutiques encore existantes ressentent une certaine pression quant au maintien de leurs activités face aux militants défenseurs de la faune sauvage, les collectionneurs d’objets sont introuvables, les musées n’en exposent que très peu, les quelques salles de ventes aux enchères concernées en vendent rarement, et début 2018, les autorités ont adopté une nouvelle loi de restriction du commerce, le repoussant un peu plus hors de ses frontières. À partir d’une enquête ethnographique réalisée depuis la France jusqu’à Hong Kong et ses territoires proches, entre 2017 et 2019, centrée sur l’étude des valeurs, des croyances et des normes juridiques à l’origine d’un certain attrait ou d’une aversion pour la matière ivoire, cette thèse d’anthropologie propose des éléments d’explication à propos du paradoxe apparent dans lequel se situe le territoire de Hong Kong. Au contact d’acteurs sociaux, impliqués dans le commerce et la circulation de l’ivoire, dans l’exposition d’objets ou commentateurs de ces activités, cette recherche met en évidence l’implantation à Hong Kong de valeurs occidentales à l’origine de la sensibilité à la mise en danger des éléphants (endangerment sensibility) malgré certaines résistances locales. Elle retrace ensuite la production et la circulation de croyances et de jugements moraux à propos du commerce de l’ivoire dans la société (notamment au sujet du commerce légal), contribuant à ancrer cette sensibilité sur le territoire et à favoriser l’aversion pour la matière. Enfin, elle révèle que cette sensibilité, entraînant un changement de statut de l’ivoire vers une matière devenue « gênante », engendre des effets socio-économiques qui se matérialisent au-delà des frontières du territoire. La transformation de l’ivoire en copeaux pour la médecine chinoise traditionnelle ou le report de l’attrait sur l’ivoire de mammouth en sont des exemples. Cette recherche, centrée sur les mécanismes sociaux à l’origine des relations entre les humains et la matière ivoire à Hong Kong, donne l’occasion d’une réflexion plus générale à propos du devenir du territoire et de la protection de la faune sauvage par les humains dans un monde inégalitaire.

Title
The embarrassing ivory : an ethnography of the values of ivory as material from France to Hong Kong

Abstract
Since the middle of the 20th century, Hong Kong has been one of the main places along the trade routes for ivory in the world and one of the Asian carving centers. However, nowadays this ivory is not visible in the town. Most of the time, it arrives from Africa and then leaves as small objects in Mainland Chinese tourists suitcases, while Hongkongers do not seem to appreciate this material. Craftsmen and sellers in the few remaining shops are under pressure from wildlife activists, objects collectors cannot be found, museums exhibit very few of it, the few auction houses involved rarely sell any, and in early 2018 the lawmarkers have adopted a new restricted trade law, rejecting it far from the territory. Based on an ethnographic fieldwork carried out from France to Hong Kong and the neighbouring territories, between 2017 and 2019, and focusing on the values, beliefs and legal norms explaining a certain attraction or aversion to ivory as material, this anthropology thesis offers some explanations for the apparent paradox of Hong Kong territory. Through contact with many social actors involved in the ivory trade and circulation, in the exhibition or as commentators on these activities, this research highlights the introduction of Western values in Hong Kong that are responsible for the sensibility to elephant endangerment despite some local resistances. It then traces the production and circulation of beliefs and moral judgements about the ivory trade in society (particularly about the legal trade) which imbue this sensibility in the territory. Finally, it reveals that this sensibility, leading to a change in the ivory status towards an embarassing material, generates socio-economic effects beyond the territory’s borders (e.g.: the transformation of ivory into shreds for Traditional Chinese Medicine or the transfer of attraction to Siberian mammoth ivory). This research, while focusing on the social mechanisms behind the relationship between humans and ivory as material in Hong Kong, provides an opportunity for a more general reflection on the future of the territory but also on the protection of wildlife by humans in an unequal world.

Jury
Boris Pétric, Centre Norbert Elias/CNRS (directeur)
Ellen Hertz, Institut d’ethnologie/Université de Neutchâtel (rapporteur)
Vanessa Manceron, Laboratoire d’ethnologie et de sociologie comparative/CNRS (rapporteur)
Frédéric Keck, Laboratoire d’anthropologie sociale/CNRS
Annabel Vallard, Centre Asie du Sud-Est/CNRS
Valeria Siniscalchi, Centre Norbert Elias/EHESS

École doctorale
286 – EHESS