L’exposition « VIH/sida, l’épidémie n’est pas finie ! » (Mucem, Marseille, 15 déc. 2021-2 mai 2022) retrace l’histoire sociale et politique du sida. Posant un regard à la fois rétrospectif et contemporain sur l’épidémie comme sur les mobilisations qu’elle a engendrées, elle souhaite elle-même contribuer à la lutte. En effet, mettre le sida au musée, ce n’est pas l’enterrer ; c’est réaffirmer au contraire toute son actualité, comme le montre le titre de l’exposition qui reprend un slogan historique d’Act Up : « L’épidémie n’est pas finie ! ». 

L’anthropologue et membre du Centre Norbert Elias Sandrine Musso, récemment disparue, est co-commissaire de l’exposition. Sandrine était une des spécialistes, en France, de l’histoire sociale et politique du VIH/Sida. Elle a participé, dès sa création en 2016, au Conseil scientifique du projet « Histoire et mémoire des luttes contre le sida » qui a abouti à la présente exposition.
Politiste de formation, Sandrine a soutenu une thèse de doctorat d’anthropologie sociale et d’ethnologie en 2008 dont le sujet portait sur la question du sida en milieu arabo-musulman, particulièrement chez les migrants. Elue maîtresse de conférence en anthropologie à l’université d’Aix-Marseille en 2011, Sandrine a poursuivi des travaux notamment en anthropologie politique du corps, de la santé et du sida et sur les migrations. Conjuguant recherche et éthique, son regard est demeuré attentif aux exclusions, aux discriminations et aux inégalités, en particulier dans le domaine de la santé.
Sandrine a été membre du Conseil national du sida et des hépatites virales de 2009 à 2021.

VIH/sida, l’épidémie n’est pas finie !

En juillet 1981 est publié dans le New York Times le premier article de presse relatif au sida, évoquant des cas de cancer chez des hommes homosexuels. Si en 1983, on écarte l’hypothèse d’une maladie uniquement homosexuelle, on pointe alors du doigt les « 4H » : homosexuels, héroïnomanes, hémophiles, Haïtiens. La victime est aussi l’accusée et sa stigmatisation passe par des propositions de mise en quarantaine, des moyens disproportionnés de protection, et la réprobation de catégories sociales touchées et jugées responsables. Dans le même temps, la désignation de ces « groupes à risques » va invisibiliser d’autres situations d’exposition au virus, dont témoignent l’activisme des femmes et les initiatives en faveur de la prise en compte des enfants et adolescents. L’épidémie est un choc pour la société, comme la maladie ou la séropositivité sont des chocs pour les personnes touchées. L’exposition revient sur l’impact de cet événement dans les trajectoires individuelles autant que collectives.

Que ce soit à une échelle locale ou mondiale, la lutte contre le sida a concerné de nombreux aspects de l’épidémie : scientifiques et médicaux, mais aussi politiques et sociaux, pour revendiquer l’action et l’attention des pouvoirs publics et refuser la stigmatisation des malades et des communautés. La mise au point de traitements plus efficaces à partir de 1996 marque une rupture. On voit des personnes « renaître » grâce au renforcement de leur système immunitaire et à l’affaiblissement de la réplication virale dans l’organisme, malgré un traitement contraignant et de nombreux effets secondaires. Mais l’accès aux médicaments est très inégal et l’ouverture des régimes de propriété intellectuelle devient une revendication majeure.

Des années 1980 à nos jours, l’épidémie a suscité maintes hypothèses sur son origine et de nombreux discours sur les moyens de sa fin. L’exposition apporte ainsi un éclairage sur ces différents récits, nous permettant d’aborder avec recul les savoirs du passé et les compréhensions du présent.

L’exposition interroge enfin l’héritage de l’épidémie, ce qu’elle a révélé, les avancées qu’elle a rendues possibles, principalement en termes de droits, mais également les reculs et les stagnations. Elle propose un bilan des luttes, de leurs victoires comme des obstacles toujours présents. En évoquant les « leçons politiques » du sida, elle pose des questions toujours majeures aujourd’hui, qu’il s’agisse des réponses sociales aux épidémies et à la gestion des « crises sanitaires », ou de la manière dont d’autres affections chroniques ont bénéficié ou non de ce bouleversement des rapports de pouvoir entre médecins et patients.

L’exposition « VIH/sida, l’épidémie n’est pas finie ! » offre l’occasion de valoriser l’exceptionnel fonds constitué au début des années 2000 par le Mucem sur le thème du VIH/sida. Des banderoles, tracts, affiches, revues associatives, brochures et matériel de prévention, objets militants, vêtements, badges et rubans rouges, mais également des médicaments, photographies et œuvres d’art ont été collectés auprès de nombreuses associations de lutte contre le VIH/sida, permettant au Mucem de constituer une collection de référence à l’échelle européenne. De nombreux prêts de particuliers viennent dialoguer avec cette collection pour permettre aux visiteurs de découvrir plus en détail l’histoire sociale de la lutte contre l’épidémie.

 

Commissaires de l’exposition

– Stéphane Abriol (anthropologue, CNRS-Cerlis, université Paris-Descartes)
– Christophe Broqua (anthropologue, IMAF/CNRS)
– Renaud Chantraine (anthropologue, IIAC/EHESS))
– Caroline Chenu (chargée des collections, Mucem)
– Vincent Douris (responsable recherches opérationnelles, Sidaction)
– Françoise Loux (anthropologue, directrice de recherches au CNRS)
– Florent Molle (conservateur du patrimoine, Mucem et musée d’Art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole)
– Sandrine Musso (†) (anthropologue, Centre Norbert Elias/AMU)

Avec l’appui d’un comité de suivi composé de plusieurs dizaines de personnes concernées à différents titres par l’épidémie (personnes vivant avec le VIH, associatifs, soignants, militants, chercheurs…).
Et avec la participation de Lorenzo Jacques (stagiaire).

Partenaires médias
Libération  ; Têtu ; Manifesto XXI ;  Komitid

 

9 décembre 2021, 10h00-13h00
Le VIH au musée ? Entre geste scientifique et patrimonial : penser la diffraction dans le temps des implications
En lien avec l’exposition, une séance du séminaire “Frontières, temporalités, matérialités au prisme de la santé”, avec Renaud Chantraine (IIAC/EHESS), anthropologue et membre de l’association Mémoire des sexualités (Marseille) et du collectif Archives LGBTQI (Paris).
Discutant(e) : Charlotte Floersheim (Ceped/IRD/projet EthnoAIDES), anthropologue, militante de la lutte contre sida.
Cette séance aura lieu en présence et à distance :
– Aix-Marseille Université, campus Saint-Charles, Marseille 1er arr. – Inscription obligatoire sur ce lien
– Visio-conférence : lien Zoom

 

Image : Bloc 23 du mémorial néerlandais du patchwork des noms, 2008 Matières textiles, 380 x 380 cm. Mucem, 2018.76.1 © Mucem / Yves Inchierman