Depuis quatre ans, nous organisions ce séminaire avec Sandrine Musso. Le programme de cette année, nous l’avons construit tous les cinq. Elle était à l’origine de ce séminaire qu’elle décrivait comme un espace unique dans le milieu académique marseillais : un lieu où chercheur.e.s, étudiant.e.s, acteurs associatifs, professionnel.le.s du champ médico-social pouvaient se rencontrer et échanger ; un lieu ouvert au monde tout en étant ancré dans les réalités de Marseille et plus largement de la région PACA. Nous souhaitons maintenir cet espace et continuer ainsi à faire vivre la manière dont Sandrine concevait sa discipline : une anthropologie engagée, au service du collectif, pour mieux comprendre et agir sur nos sociétés.

Nous promouvons des explorations du champ de la santé en mobilisant les notions transversales de frontières, de temporalités et de matérialités.

Frontières labiles ou poreuses entre normal et pathologique, global et local, « care » et « cure », santé humaine, santé animale et environnement ; mobilisés ou utilisées durant les épidémies ; matérialisées et soutenues par des outils « biopolitiques » ou idéologiques ; mouvantes entre scientifique, médical et politique ; frontières souvent contestées entre savoirs experts et savoirs profanes ; incorporées à l’échelle individuelle ; ou frontières recomposées des espaces de soins notamment en période épidémique.

Temporalités multiples au cœur des enjeux de la santé : de la « crise » ou de l’ « urgence » au temps long nécessaire pour appréhender les déterminants structurels d’un phénomène épidémique, de la pluralité des temps : des institutions, des soignants, des essais cliniques, des activistes et de ceux des personnes malades, de la forme initiale aux rechutes ou aux séquelles, de l’aigu au chronique, de la souffrance à l’agonie, du décès jusqu’à l’ancestralisation, du statut de malade à celui de « survivants » ou de « vainqueurs ».

Matérialités des relations entre des personnes et s’incorporant aux pratiques, expressions matérielles (médicaments, moustiquaires, préservatifs, auto-tests, masques, gel hydroalcoolique, écouvillon nasal, équipement de protection individuel, marqueurs de distanciation sociale, organes et gamètes marchandisés), mais aussi symboliques et immatérielle de la prise en charge de la santé (mémoire, souillure, ex voto et amulettes sous le lit pour que l’enfant dorme bien, etc.).

A la lumière de l’actualité sanitaire, les thématiques au cœur de ce séminaire s’avèrent d’autant plus importantes à mettre sur la place publique et à discuter collectivement. La crise du covid agit en effet comme un puissant révélateur du caractère éminemment social et politique de la santé. Plus que jamais auparavant, les enjeux sanitaires font débat à une très large échelle : mesures de prévention, efficacité des traitements, conflits d’intérêts et méthodes scientifiques, nationalisme vaccinal.

Dans ce contexte inédit, les analyses des sciences sociales de la santé sont indispensables, à la fois pour saisir la pandémie en cours – qui fait l’objet des séances de novembre et février – mais aussi plus largement en proposant des perspectives décentrées (socialement, historiquement ou géographiquement) de l’actualité immédiate.

Le séminaire est organisé par le Centre Norbert Elias, le LaSSA, le LPED et le SESSTIM
Comité scientifique : Carine Baxerres (LPED), Marc Egrot (LPED), Cyril Farnarier (LaSSA), Gabriel Girard (SESSTIM), Sandrine Musso (†) (CNE/AMU).

Un jeudi par mois de 10h00 à 13h00, à Marseille, Campus Saint-Charles et en visio-conférence. Inscription obligatoire pour le présentiel.

Campus Saint-Charles : Aix-Marseille Université (AMU), 3 place Victor Hugo (en face de la gare).

Inscription pour le présentiel (jauge restreinte)
Lien Zoom pour la visioconférence

 

Programme des séances


 

7 octobre 2021 (salle CH55)

Intervention sociale en contexte d’intraitabilité. Le cas d’un Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale en France et d’une Communauté thérapeutique au Liban
Francis Vernede (Centre Max Weber)

Discutante : Aurélie Ruybanis (Fondation SJD)

 

18 novembre 2021 (salle CH55)

L’Hôpital face à la Covid-19 : espaces, objets et relations en contexte de crise sanitaire ; regards croisés à partir de deux projets de recherche internationaux
Francesca Mininel (IRD – LPED)
Fanny Chabrol (IRD – CEPED), Renyou Hou (Ceped/LESC, Nanterre); Lisa Chotard (Ceped/UP)

Discutant(e) : à confirmer

 

9 décembre 2021 (salle des Voutes)

Le VIH au musée ? Patrimonialisation de la lutte contre l’épidémie
Renaud Chantraine (EHESS)

Discutant(e) : à confirmer

 

13 janvier 2022 (salle des Voutes)

Repenser la dimension structurelle des violences de genre à travers les violences obstétricales
Clémence Schantz (IRD – CEPED)

Femme-sexualité-viol : Au-delà du consentement

Annick Estelle Ossétché Gnazalé (Chaire Unesco de Bioéthique, Université Alassane Ouattara de Côte d’Ivoire)

Discutant(e) : à confirmer

 

3 février 2022 (salle des Voutes)

« L’hésitation vaccinale » en Afrique, une nouvelle forme de othering ?
Alice Desclaux (IRD – TransVIHMI)

Levée des brevets et vaccins comme biens communs : de quoi parle-t-on au juste ?

Fabienne Orsi (IRD – LPED)

Discutant : Stanislas Rebaudet, (Hôpital Européen/SESSTIM)

 

10 mars 2022 (salle des Voutes)

Interventions en milieu scolaire autour des compétences psychosociales des enfants (titre provisoire)
Elsa Zotian et Ashley Ouvrier (LaSSA)

Discutant(e) : à confirmer

 

7 avril 2022 (salle des Voutes)

La biosécurisation des rituels funéraires en temps d’épidémie : entre hiérarchisation des risques et des priorités
Firmin Kra (Chaire Unesco de Bioéthique, Université Alassane Ouattara, IRD – LPED)

Gestion de la fin de vie en France : l’influence du mourant sur les soignants l’accompagnant

Constance Moréal de Brevans (AMU)

Discutante : Muriel Carion (Hôpital Européen)

 

12 mai 2022 (salle des Voutes)

La hiérarchisation des risques professionnels au sein du monde agricole : quels décalages entre risques institutionnalisés et expériences personnelles ?
Carole Barthélémy (AMU – LPED)

Pesticides et santé en Côte d’Ivoire : Perceptions des acteurs et pratiques de prévention
Dimi Doudou (CRD, Université Alassane Ouattara)

Discutante : Mireille Lambertin, (médecin généraliste, Vaucluse) (sous réserve de confirmation)

 

9 juin 2022 (salle des Voutes)

Antibiorésistance, usages profanes et professionnels des antibiotiques au Ghana et au Burkina Faso (titre à préciser)
Anastasia Séfériadis, Carine Baxerres (IRD – LPED)

Discutant(e) : Véronique Mondain (CHU de Nice)

 

Photo : Marc Egrot